Foyer

Foyer, 2019

Ce sont des montagnes abruptes ou des ravines de terres noires. Des reliefs escarpés et des torrents froids même en été. C’est aussi parfois des causes où le vent souffle fort et où les bergers cheminent. 

Ce sont les territoires secrets des animaux encore sauvages et des chasseurs qui les traquent. Ce sont des espaces où j’ai grandi, dans lesquels j’ai construit des cabanes ou des barrages, où j’ai couru et trébuché. Puis un jour, un accident, une braise est devenue brasier et le dialogue s’est rompu. La distance s’est imposée, les paysages sont devenus souvenir et le silence s’est installé autour du foyer.

En prise avec ces territoires et à la recherche de sens, j’investi à nouveau ces espaces pour en livrer une interprétation poétique et personnelle, pour recréer le lien et apaiser les feux. 

 

Au commencement de ce travail photographique je me suis intéressée au double sens du terme « Foyer » et à son ambivalence. D’un côté le foyer familial, protecteur et rassurant. Et de l’autre côté le foyer destructeur, celui de l’incendie, celui qui ravage et détruit. Je sentais que ce terme résonnait en moi d’une façon particulière et qu’il était très lié à la construction de mon identité.

En effet, l’année de mes 7 ans, ma famille a été bouleversée par un accident dû à un feu. Cet accident a radicalement changé nos vies et a marqué une très forte rupture à la fois au sein du foyer et avec le territoire de basse montagne où nous vivions.

Pour ce projet, j’ai décidé 15 ans plus tard de retourner dans ce village où j’avais grandi pour tenter de comprendre cette violence qui a marqué mon enfance et pour recréer du dialogue avec ce territoire. Je me suis retrouvée confrontée à la force de narration et de projection si particulière de ces espaces qui sont des paysages contondants, abruptes et empreint d’une grande beauté. Les villages qu’on y trouve cachent, sous leurs airs bucoliques de carte postale, un caractère rugueux et des cicatrices tenaces. Il y a une rudesse persistante au sein des relations et des rapports sociaux. Mais c’est aussi un paysage où la projection personnelle est possible. A l’époque je ne comprenais pas tout de ce qu’était en train de vivre ma famille et avec les années un grand voile d’incompréhension c’était déposé entre moi et cet accident. Ce voile permet alors d’approcher ces espaces en me laissant guider par mon inconscient, par mes projections personnelles et par mes fantasmes qui en 15 ans sont venus combler les lacunes de compréhension de cet événement.